vendredi 17 avril 2015

Les vanités, même pas peur !

Mais quelle vanité que de poser des coquilles d'œufs (de poule)  sur un crâne humain (en résine je vous rassure) ! 

Première opération : un véritable jeu de patience ; des creux et des bosses, des bosses et des creux ! Atteindre et combler les orbites, mosaïque de petites coquilles à coller le plus régulièrement possible, le parti pris étant de coller serré, comme dit la chanson. Mais il ne s'agissait pas seulement de les poser de façon jointive, il fallait que chaque morceau reste à sa place lors des opérations suivantes. Une petite précision, la coquille d'œuf est collée du côté convexe (côté coloré). Le vernis appliqué auparavant sur le support fait office de colle, un morceau de coquille est alors appliqué puis fractionné en petits morceaux par un ou plusieurs appuis. Deux outils pointus, un dans chaque main servent en même temps à maintenir et à fractionner la coquille. Une fois que la pose et les dimensions des coquilles posées conviennent, on passe à un autre morceau et ainsi de suite…

coquilles d'oeufs
Pose des coquilles d'oeufs

Après  un  temps certain ou  un certain  temps,  une  vérification minutieuse : contrôler qu'aucune pièce du puzzle ne s'est envolée et y remédier si nécessaire. Puis passage à la deuxième phase moins fastidieuse. Recouvrir ce joli crâne d'œuf de couleur. Un savant mélange de pigment noir, de térébenthine et de vernis recouvre à plusieurs reprises l'objet satanique. De blanc, mon crâne devient tout noir, la coquille d'œuf est noyée dans la couleur. Ainsi, le noir s'infiltre dans les interstices comme un joint, affleurant la surface des coquilles. Il ne doit pas y avoir de différence de niveau entre les coquilles et le joint par la suite.


tête de mort et coquilles d'oeufs
Coquilles d'oeufs noyées dans la couleur


Vous allez me dire, mais il est tout noir ! Et oui, il est tout noir, alors quoi ? Alors on prend de l'eau, de l'abrasif et c'est ponçage ! Au fur et à mesure du ponçage, le noir s'en va pour laisser place à la coquille avec des  joints bien noirs ! Pas si facile que ça, toujours mes creux, mes bosses et mes orbites ! Pas question de frotter comme une furie ou de prendre un abrasif costaud, la tentation est grande ! Pour la réussite de l'opération le ponçage doit être uniforme, même degré de blancheur sur toute la surface. Et si la coquille d'œuf est trop poncée, elle s'abîme, devient grisâtre ou disparaît. Pas question d'erreur, même pédagogique !

On passe alors aux dernières phases, vernis, ponçage, vernis, ponçage, vernis ponçage, la surface doit être parfaitement plane, on termine par le lustrage et voilà notre vaniteuse vanité laquée !

coquilles d'oeufs
Vanité laquée
Coquilles d'oeufs et vernis

Aujourd'hui, le crâne humain ne fait plus peur. Fantaisiste, récupéré, détourné et coloré par la mode, le design et l'art contemporain. Des couleurs avec Andy Warhol, des diamants avec Damien Hirst ! Pourquoi pas des coquilles d'œufs pour D'ors et d'arts ! L'épouvantable devient fréquentable, le crâne humain devient fashion !

Damien Hirst : http://www.damienhirst.com/artworks/catalogue

Les incrustations de coquilles d'œufs sont des décors utilisés traditionnellement dans l'art de la laque ; la couleur blanche n'existait pas. La période "Art déco" a redonné ses lettres de noblesse à cette technique et pour en savoir plus :



jeudi 9 avril 2015

Pixels romains ou l'art de la mosaïque

"Le bonheur n'est pas un diamant gros comme une maison, c'est une mosaïque de petites pierres dont aucune souvent n'a une valeur générale et réelle pour les autres. Ce gros diamant, cette rose bleue, ce gros bonheur, ce bonheur monolithe, est un rêve".
Alphonse KARR – Un voyage autour de mon jardin – 1845

Quelle jolie définition ! Je la fais mienne !

mosaïque


Si toutes ces petites pierres fabriquent un joli bonheur elles forment également de magnifiques mosaïques. Et comme c'est moi qui tiens la plume, laissez-vous  emmener vers le monde minéral, qu'ils soient communs ou précieux, monochromes ou colorés, ces petits cailloux sont tous chargés d'histoires, de savoir-faire et de beauté.

Le terme mosaïque vient du latin "musiuum opus" qui désigne à l'origine les mosaïques qui ornaient les grottes naturelles ou artificielles que les romains consacraient aux muses. Ces lieux se nommaient "musaea", l'appellation de leurs décors devint musiuum opus puis musiuum. Par extansion, le mot fut attribué aux mosaïques murales puis à la technique dans son ensemble.

Réalisée avec de petits carrés de matière dure la mosaïque est posée au sol (mosaïque de pavement), aux murs et aux voûtes (mosaïque pariétale). Des petits cubes de pierre, de marbre ou de terre cuite sont taillés. Déjà des pixels en somme ! Plus ils sont petits, plus le dessin est précis, plus les dégradés de couleurs combinent des jeux de lumière et d'ombre, des effets de profondeur, de perspective et de volume ce qui faisait dire à Pline l'Ancien de la mosaïque qu'elle était "de la peinture en pierre"

Colombes - Maison de la mosaïque aux colombes - Pompéi

L'art de la mosaïque traverse les siècles et les continents. Après la conquête de la Grèce, les romains, grands copieurs devant l'éternel, adoptent cette technique et la propage dans toutes leurs provinces. La mosaïque pénètre dans tous les bâtiments, qu'ils soient publics ou privés. Allant de simples dessins géométriques en noirs et blancs, de motifs végétaux stylisés, des scènes mythologiques, tableaux de vie quotidienne, natures mortes. On la rencontre en Gaule, en Germanie, en Angleterre, dans les Balkans, dans le bassin méditerranéen et Proche Orient, en Afrique, en fait dans tout l'empire.

Chat attrapant un oiseau - Aile de la maison du faune, Pompéi
Ainsi, de multiples exemples de mosaïque sont aujourd'hui dévoilées au grand public et les chantiers archéologiques ne cessent d'en révéler ici ou là. Car les mosaïques, à l'inverse d'autres productions artistiques, ont particulièrement bien résisté aux vicissitudes du temps, c'est ce qui en fait aussi leur particularité. Elles semblent durables, inusables et éternelles. En pavement, elles étaient lavées à grande eau et présentait une étanchéité certaine donc une protection contre l'humidité, raison pour laquelle elles ornaient bassins et fontaines.

Si la mosaïque se définit comme l'organisation d'une surface à décorer, elle est essentiellement liée à l'architecture ; la pièce est son écrin. Ecrin à l'image de son propriétaire, riche, cultivé, érudit ou voulant se monter comme tel, et reflet de ses croyances et de ses goûts.


Mosaiques de pavement dans leur contexte
A gauche : Maison des griffons - chambre II
A droite : reconstitution réalisée au Métroplitan Muséum of Art de New York
(Source : fresques des villas romaines - Citadelles & Mazenod)
Ainsi, les mosaïques deviennent somptueuses, avec des éléments décoratifs extraordinaires, pour certaines presque du 3D tant les volumes sont rendus magnifiquement par des dégradés de couleurs. A travers les sujets évoqués, ces mosaïques nous racontent des histoires, vie quotidienne, mythologie, ce sont de véritables bandes dessinées pour qui veut les lire. On peut aisément illustrer ce propos avec le si célèbre "cave canem" qui se suffit à lui-même.
Cavé Canem - Maison du poète tragique - Pompéi

Autre point qui me paraît remarquable c'est la dimension de ces œuvres, les surfaces décorées sont souvent très grandes, le nombre de tesselles est donc proportionnel, et chaque tesselle est taillée ! Rendez-vous compte que la célèbre mosaïque ayant pour sujet la victoire d'Alexandre le Grand sur Darius compte environ 2 millions de tesselles ! Impossible de ne pas songer au temps passé, aux gestes de chaque artisan. Je n'ai malheureusement pas trouvé de renseignement quant à l'organisation du métier de mosaïste à cette époque.


La bataille d'Alexandre à Issos - Maison du Faune - Pompéi
Dim. 5,40 m x 2,80 m 

Curieusement, ces mosaïques ne sont pas signées. La technique de la mosaïque était-elle considérée comme un artisanat ou un art mineur ?

Et pourtant, l'art de la mosaïque traverse 6000 ans d'histoire pour arriver jusqu'à nous. Sous l'empire romain à son apogée, elle s'étendra sur un territoire de 2 750 000 km2. C'est un formidable reportage dont le titre pourrait être la vie sous l'Empire romain. Un magnifique livre d'images ! Son histoire ne s'arrête pas là et nous aurons l'occasion d'ouvrir plus tard un autre chapitre.

Sources :
- Encyclopédia universalis
- Pompéi – Erich Lessing – Antonio Varone - TERRAIL

Et pour en savoir plus sur la restauration des mosaîques :

jeudi 2 avril 2015

Quésaco coquecigrues ? De drôles d'oiseaux de papier mâché

Déniché par mon frère et perché sur une étagère un drôle d'animal en carton-pâte me regardait sournoisement. Devant l'impossibilité de lui attribuer une quelconque ressemblance avec tout ce qui vole, court ou marche, je l'avais baptisé "coquecigrue" tant il semblait un assemblage hétéroclite de plusieurs bestioles.

L'envie me prit d'en fabriquer un spécimen et tant qu'à faire, autant l'accompagner de quelques acolytes. La collection de coquecigrues était lancée, ainsi naquirent Gudule, Théodule, Gédéon, Almanzor, Nestor, Isidore, Omer et Léonard.

J'optais pour la technique du papier mâché, jamais pratiquée auparavant pas plus que le modelage. Ce fut donc une première et une improvisation totale ! Un gloubiboulga d'eau, de colle, de papier et c'était parti pour une série !

Papier mâché
Gudule h 30 cm - Théodule h 27 cm - Gédéon h 30 cm - Almanzor h 25 cm
D'abord modelage de la tête, puis du corps, suivi des pattes et pour terminer les pieds. Dans un deuxième temps, les plumes et le bec, (je te plumerai les ailes et les ailes et le bec alouette !) Mais pour réaliser une espèce d'oiseau échassier, il fallait armer certaines structures de fil de fer et c'était brusquement moins simple ! Et moi, je m'armais de patience ! Mais bon, après plusieurs tentatives malheureuses, pattes et longs cous se tenaient à la verticale. Alors, à grand renfort de cure-dents la bête fut assemblée. Ne pas oublier que la pâte à papier est humide donc molle et lourde quand on la travaille, puis elle devient plus légère et se rétracte en séchant……..    Et mes volatiles se vautraient lamentablement !

Nombreuses furent les chutes brutales, les affaissements, cassures et réparations dont furent victimes mes coquecigrues pendant leur création. Et que dire de leur stabilité ? C'est là qu'on réalise à quel point les oiseaux ont naturellement de l'équilibre ! Que faire pour que mes petites bêtes tiennent debout ? un peu plus de poids, un peu moins de poids et rebelote et tout devenait de plus en plus complexe ! Leur système tonique postural n'était pas au point ! Fallait-il que je calcule le barycentre ? Le polygone de sustentation ou le centre de gravité ?


Papier mâché
Nestor h 20 cm - Isidore h 25 cm

Il semble que ces coquecigrues se vengeaient de l'inconsciente présomptueuse qui avait décidé de les représenter, car il faut savoir et je me suis renseignée, que selon certaines sources, ces animaux sont nés des amours contre-nature d'un coq, d'une grue et …..   de la ciguë dont ils sont friands. Selon d'autres sources, l'assemblage est constitué d'un coq, d'une cigogne et d'une grue. Rabelais raconte que son héros Picrochole attend leur venue pour récupérer son royaume. Il peut attendre jusqu'à la Saint-Glinglin….    Et moi, devais-je attendre que les poules aient des dents pour que mes volatiles consentent à se dresser sur leurs pattes ?

Tant de déconvenues semblant s'amonceler sur mon ouvrage, je finissais par craindre que ces coquecigrues ne fussent en réalité que des chimères dont on sait qu'elles sont malfaisantes ……. Mais aujourd'hui, campées sur leurs deux pieds et habillées de couleurs, je peux vous dire que ce sont bien des coquecigrues, gentilles et burlesques, elles apporteront la joie à ceux qui les aimeront car elles sont un peu magiques !


Papier mâché
Omer - coquilles d'oeufs  h 24 cm - Léonard h 20 cm


Et vous, les aimez-vous ? Alors indiquez-moi celle qui a vos faveurs et laissez un petit commentaire, elles en seront ravies.


jeudi 26 mars 2015

Pastel, heurs et malheurs de l'Isatis Tinctoria ou pastel des teinturiers


Pastel
Trois pastels - 10 cm x 10 cm

Il était une fois une jolie fleur jaune cousine de la moutarde ; l'Isatis Tinctoria.  Elle poussait à foison essentiellement dans notre pays de Cocagne, aujourd'hui le midi toulousain. Bien que celle-ci fût de couleur jaune, ses feuilles donnaient un beau bleu : l'indigo, qui fit la fortune, puis l'infortune des cultivateurs, des teinturiers et des négociants de la région, tant il est vrai que rien n'est jamais acquis dans ce bas monde !

Hélas, au 16ème siècle venu du nouveau monde par bateau, l'indigotier ou fleur d'Inde, abondant et bon marché supplanta notre belle Isatis qui finit par s'étioler. L'industrie de l'or bleu était en ruine !

Rien n'y fit, même pas l'édit de notre bon roi Henri IV qui non content de s'occuper de notre poule au pot dominicale, s'intéressa à notre belle Isatis en décrétant punir de la peine de mort quiconque emploierait l'indigo cette "drogue fausse et pernicieuse". Le "made in France" était né, un peu violemment sans doute !

N'empêche, la raison économique, déjà l'emportant sur toutes autres considérations, ladite Isatis disparut de nos contrées ; l'extraction de l'indigo était une opération fort longue et très coûteuse.

Isatis tinctoria Maison rustique
La nouvelle maison rustique - 1775
Tome I - Document personnel 
 Puis vint le temps des guerres et le commerce maritime fut difficile et périlleux. La fleur d'Inde devint rare et donc …..   chère ! Le petit corse en appela, par décret du 3/07/1810 aux savants et l'on vit refleurir la culture du pastel pour que de bleu soient colorées toutes ses armées !

Comme je l'ai déjà dit, rien n'est jamais stable en ce bas monde et bientôt la chimie s'en mêla. Notre belle Isatis Tinctoria ne put rivaliser avec les colorants de synthèse.



Isatis tinctoria Maison rustique
La nouvelle maison rustique - 1775
Tome I - Document personnel 

Mais j'aime les jolies fins et notre histoire rebondit encore une fois : d'aucuns aujourd'hui remettent au goût du jour notre précieuse Isatis. Ce joli bleu pastel est de nouveau le fleuron d'une région, ainsi dit-on du "bleu de Lectoure".


Notre fleur de pastel, lors de son exploitation par les teinturiers, laissait sur le bord des cuves une écume appelée "fleurée bleue". De cette écume sont issus les pigments bleus utilisés pour la fabrication des bâtonnets de pastel. Par extension, nos bâtons de pastel deviennent de toutes les couleurs. Il semblerait que la première recette de fabrication date de 1574.

Saintin François JOZAN (1797 - 1867) Peintre, professeur de dessin et de peinture nous en donne plusieurs recettes dans son ouvrage : "Du PASTEL – Traité de sa composition, de sa fabrication et de son emploi dans la peinture" – Paris 1847 – http://books.google.com



Pastel de Saintin François Jozan
d'après une oeuvre de Edouard Magnus  - Peintre allemand (1799-1872)

De même A.L. MILLIN – Dans son dictionnaire des beaux-arts – tome III – De l'imprimerie de Crapelet à Paris chez Desray libraire – 1806 – http://books.google.com nous donne la définition suivante :

"C'est une peinture où les crayons font l'office des pinceaux. Le mot pastel vient de ce que les crayons dont on se sert sont faits avec des pâtes de différentes couleurs. Pendant que la pâte est molle, on donne à ces espèces de crayons la forme de petits rouleaux aisés à manier. C'est, de toutes les manières de peindre, celle qui passe pour la plus facile et la plus commode en ce qu'elle se quitte, se reprend, se retouche, et se finit quand on veut."

Il nous dit également : " La peinture au pastel est plus fraîche, plus gaie que la peinture à l'huile, elle répond au goût de l'époque pour le petit, le délicat, le badin, le léger". (Nous sommes au 18ème siècle âge d'or du pastel). 

Et de conclure cette promenade autour du pastel par ce joli poème :
"Les crayons mis en poudre imitent les couleurs,
Qui dans un teint parfait offrent l'éclat des fleurs.
Sans pinceau, le doigt seul place et fond chaque teinte,
Le duvet du papier en conserve l'empreinte,
Un cristal la défend ; ainsi, de la beauté
Le pastel à l'éclat et la fragilité".

Henri Watelet (1717 – 1786) Peintre et homme de lettres.

Poème mis en exergue sur le traité de S. F. JOZAN cité plus haut. 

Pour en savoir plus : 


mardi 17 mars 2015

Travailleuse à la peine ! Une seconde jeunesse pour une table à ouvrage !

Après des années de bons et loyaux services, cette honnête travailleuse allait terminer sa carrière, comme c'est souvent le cas, sur un bout de trottoir, exposée à la pluie, au froid, et pire au mépris des passants !

J'aime trop le bois et les meubles pour les laisser ainsi à leur triste sort, condamnés à la décharge, aussi simples soient-ils. Alors gorgée d'eau, décollée de toute part, triste mine ; sordide épilogue pour cette table à ouvrage, aussi appelée "travailleuse". Ni une, ni deux, J'embarquai la travailleuse bancale.

Placage décollé

Relookage d'une table à ouvrage

Avant restauration
Placage décollé - absence du miroir

Au fait, d'où venait-elle cette travailleuse ? Dans sa première vie, je l'imaginais aux côtés d'une petite mamie toute ridée. Et qui dit mamie, dit immédiatement grand-mère.

Ma grand-mère et sa travailleuse pleine de cartonnettes de cotons à repriser, son précieux dé à coudre tout cabossé, un porte-aiguilles fabriqué par ses petites filles et cher à son cœur, de ravissants petits ciseaux à broder et surtout un bel œuf en bois, lisse et brillant d'avoir tant reprisé ! Qui connaît encore ce merveilleux objet de nos jours ? C'est ma madeleine à moi cet œuf, il renferme tous mes souvenirs, toute mon enfance et ma si chère grand-mère. Je la revois, ombre fragile assise près d'une fenêtre, dans un rai de lumière, reprisant quelques chaussettes trouées, les lunettes sur le bout du nez ! Elle s'installait toujours dans le même fauteuil après le déjeuner et reprisait les patates des papapouces ! Comprenez les trous que font les pouces de pieds dans les chaussettes.

Mais je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ! Nous étions loin de cette consommation à tout crin. J'aime à croire que c'est d'elle que je tiens cette manie de ne rien jeter, de récupérer et de réparer.

Propos décousus pour histoires de couture ? Reprenons le fil et revenons à notre ouvrage. En mémoire de toutes les mamies du monde, qui patiemment reprisaient, rapiéçaient ou ravaudaient, cette table à ouvrage sera, à son tour, raccommodée.

Il lui fallait un grand coup de soleil. Envie de lui redonner quelques couleurs à cette petite table, un peu de gaité. Et puis de vous à moi, le style shabby chic ou pas chic à toutes les sauces…. Un peu trop vu !

Mais d'abord, nettoyage, recollage, déplaquage, ponçage ; elle avait déjà meilleure allure. Je me la joue à la Mary Poppins ; une petite  chanson, un claquement de doigts, un coup de superkalifragilistic  et hop prête  pour l'étape  suivante,   un coup  de  peinture ? D'accord mais la couleur ?

Restauration et relookage meuble
Travailleuse après recollage,
déplaquage et ponçage

Soudain, épinglées au mur de l'atelier, trois reproductions d'Elisabeth Vigée-Le Brun m'ont fait un clin d'œil. Ce sera un joli bleu et un bel orange ! Intéressant de s'inspirer de cette grande portraitiste du 18ème, indépendante, féministe avant l'heure, qui réussit à s'imposer en France en Europe jusqu'en Russie. Transposer sa touche précieuse et raffinée sur ce petit meuble d'une extrême simplicité ça fonctionne ; lui donnant plus d'allure et plus de caractère.


Elisabeth Vigée-Le Brun
Portraits d'Elisabeth Vigée-Le Brun

Voilà comment une petite table à ouvrage s'est retrouvée pimpante sans perdre son âme !

Relookage meuble
Travailleuse après restauration
Peinture à la caséine et cire incolore

"le bleu, couleur intemporelle et raffinée" nous dit Marie Claire Maison.com dans son billet du 22/03/2015 !


Bonne nouvelle ! Elisabeth Vigée-Le brun sera exposée au Grand Palais du 22/09/2015 au 11/01/2016. http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/elisabeth-louise-vigee-le-brun


mardi 10 mars 2015

Gentils coquelicots nouveaux, trois panneaux laqués

Petite ritournelle d'une comptine enfantine, ces deux vers n'ont jamais cessé de rythmer mon travail sur ces trois panneaux et bien malin qui peut m'en donner la raison. Comme si, sans ce leitmotiv scandé à mi-voix, mon pinceau devenait inerte.


Panneaux laqués

Vernis gras et pigments
D'ors et d'arts
Panneaux laqués 18 x 22 - Pigments - vernis gras

Coquelicot…  Le mot est joli et quelle musicalité ; la sonorité me plaît tout comme j'adore prononcer libellule, nyctalope ou salmigondis ! En anglais, pas mal non plus ; il perd deux syllabes et devient poppy. Bref, élégant et du peps !

Coquelicot… Porté par les anglais lors du "Remembrance day" souvenir des coquelicots qui poussaient autrefois dans les champs de Flandres pendant la 1ère guerre mondiale, évoqués par John McCrae dans son poème "Au champs d'honneur".

Coquelicot... Fleur rebelle et libre, qui pousse où elle veut, longtemps considérée comme une mauvaise herbe. Dans la symbolique des fleurs, elle incarne "l'ardeur fragile". Mais si coquelicot est du genre masculin, cette fleur se pare d'attributs féminins ; flamboyante et fragile, élégante et délicate, simple et éclatante. Empreinte de folle gaieté ou de grande nostalgie. "Tous les coquelicots ou les lèvres des femmes" écrivait Pierre REVERDY. (La parole descend)

Coquelicot de mon jardin
Et puis, ma petite comptine nous dit : 
"Que les hommes ne valent rien 
Et les garçons  encore moins bien
Gentil coquelicot Mesdames
Gentil coquelicot"

Je laisse à chacun et à chacune l'analyse de ces quatre vers ! Pas si innocente que ça cette comptine….. Au lendemain de la journée de la femme…..   Que penser ?

Je préfère les coquelicots si bien chantés par Mouloudji, Charles Trenet, Bourvil, et merveilleusement peints par Claude Monet à qui l'on pourrait associer ce poème de Robert DESNOS :

Champs de coquelicots - Monet
Claude Monet
Champs de coquelicots - 1873
Musée d'Orsay

Le champ de blé met sa cocarde
Coquelicot.
Voici l'été, le temps me tarde
De voir l'arc-en-ciel refleurir.
L'orage suit, il va mourir,
Nous irons te cueillir bientôt,
Coquelicot.
(Robert Desnos, Chantefleurs, 1944-1945)

Alors, que dire de ces quatre vers :

Le myosotis, et puis la rose
Ce sont des fleurs qui disent quelque chose
Mais pour aimer les coquelicots
Et n'aimer que ça... faut être idiot
(Texte chanté par Mouloudji - Paroles de Raymond Asso)

Coquelicot de mon jardin



                                      Serais-je idiote ? 

mercredi 4 mars 2015

Marchands de couleurs

"Faire l'artiste" est une activité qui donne du relief à la vie en procurant de grands moments d'exaltation et d'autres, de profonde déprime. Mais il existe, entre les deux, des moments de plaisir peu connus des profanes, mais quand même intenses : je veux parler des visites à ceux que l'on nommait autrefois de ces termes charmants ; marchands de couleurs ou droguistes…..

Là, nous entrons dans un monde d'émerveillement où voyage l'imagination sans aucune limite. Songez aux différentes colles, ingrédients prosaïques s'il en est, la colle de poisson, la colle de peau de lapin, la colle d'os et de nerf……..   Non, non, il ne s'agit pas de sorcellerie !

Au rayon droguerie : l'eau japonaise, le carbonate d'ammonium, le sulfure de cuivre, l'ambre, la popote…..   Que d'évocations !

Les pinceaux m'enchantent, des petits, des gros, des fins, des longs, en poils de martre ou de mangouste ! Je les veux tous !

Et c'est pas fini ! Que dire des pigments, dont les noms, sur de petites étiquettes surannées sont déjà une invitation à la poésie : le rouge pourpre, la terre verte de bohème, le rouge vénitien, le jaune de mars, le vert malachite, l'alizarine, la garance……

Voyage autour du monde mais voyage dans le temps. Comment ne pas songer à tous ces peintres, artistes et artisans des siècles passés ? Petite et grande histoire de l'art.

Marchands de couleurs, amis des artistes : Le père Tanguy fournisseur de Renoir, de Van Gogh et de bien d'autres. Madame Haro et Delacroix. Leur rôle n'était pas des moindres : fournisseurs, parfois galeristes, chimistes, ils ont largement participé et contribuent encore à l'avancée technique de bon nombre de produits.


Alors, l'art s'est déjà beau quand on énumère les produits ! Et là pas question de shopping en ligne, rien ne vaut le plaisir d'une visite chez Laverdure ou chez Adam pour ne citer que ces derniers. 




Marchand de couleurs Maurice Utrillo

Marchand de couleurs à St Ouen - Maurice Utrillo 



Produits marchands de couleurs

Indicateur de produits chez les marchands de couleurs (1863)



Laverdure et fils - enseigne et devanture


Pinceaux et pigments